أخبار

Huile « Oued Souss » : De la rumeur d’interdiction européenne à une campagne de dénigrement contre un produit national

La société a publié un communiqué ferme dans lequel elle dément "catégoriquement" que la bouteille concernée soit de sa production. Elle a considéré ce qui s'est passé comme "une campagne de diffamation systématique".

Article analytique – minm.ma

En novembre 2025, les réseaux sociaux et les plateformes médiatiques se sont enflammés suite à des informations quasi confirmées concernant le « retrait » ou l' »interdiction » de la célèbre huile d’olive marocaine « Oued Souss » des marchés européens, prétendument en raison de sa teneur en niveaux dangereux d’un pesticide interdit, le « Chlorpyrifos ».

Ces nouvelles ont créé un état de panique chez les consommateurs, mettant l’entreprise productrice et les autorités sanitaires marocaines dans une position délicate, et présentant l’affaire comme un « scandale sanitaire » et une « interdiction européenne totale » de l’huile marocaine.

Cependant, en remontant le fil de l’affaire et en consultant les documents officiels, il apparaît que nous ne sommes pas face à une large « interdiction européenne », mais plutôt à un exemple classique de « tempête de fausses nouvelles » (Fake News) qui s’est nourrie d’une demi-vérité ancienne, dans un contexte commercial et politique tendu, avec un ciblage clair d’un produit national à succès.

Cet article tente de décomposer l’histoire en ses éléments fondamentaux, en distinguant entre :

  • Un fait avéré : Un rappel limité d’une bouteille dans un magasin belge en 2024.
  • Une version défensive : Parlant d’un produit contrefait ou d’origine inconnue.
  • Un contexte plus large : Des alertes européennes concernant les olives marocaines, exploitées pour alimenter la rumeur.

1. Pas d’interdiction européenne de l’huile « Oued Souss » ni de l’huile marocaine

Le premier point à clarifier pour lever toute ambiguïté :

  • Il n’existe aucune décision officielle, européenne ou belge, interdisant l’huile « Oued Souss » ou son entrée dans l’Union Européenne.
  • L’Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires
    (ONSSA)
    a confirmé dans plusieurs communiqués qu’aucun cas de retour de lots officiels d’huile d’olive marocaine n’a été enregistré en 2025 en provenance d’Europe pour des raisons liées aux pesticides.
  • L’Interprofession marocaine de l’olive
    (Interprolive)
    a également qualifié les informations sur des « cargaisons retournées » de rumeurs infondées, rappelant que le Maroc a intensifié les analyses de résidus de pesticides (des milliers d’échantillons par an).

Par conséquent, parler d' »interdiction totale » ou de « renvoi de l’huile marocaine d’Europe » n’est qu’un titre sensationnaliste, non étayé par des documents officiels.

2. Le fait avéré : La « bouteille de Bruxelles » (Novembre 2024)

L’origine de l’histoire remonte au 14 novembre 2024. À cette date, l’Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire en Belgique
(AFSCA)
a publié un avis officiel de « rappel de produit » (Recall) concernant une huile d’olive de marque « Oued Souss ».

Les détails du communiqué belge étaient les suivants :

  • Lieu : Un rappel très limité, concernant des produits vendus dans un seul magasin, « Firdaous Shop » à Bruxelles.
  • Produit : Huile d’olive portant la marque « Oued Souss » sur l’étiquette, en bouteille plastique de 1 litre.
  • Type d’action : Rappel auprès des consommateurs (Recall), et non une « interdiction » générale.

Quant aux motifs du rappel, ils étaient clairs :

  • Problème d’étiquetage et de traçabilité : Le communiqué indiquait que la bouteille ne portait ni date de péremption ni numéro de lot, ce qui rendait impossible la traçabilité du produit, une infraction en soi au sein de l’UE.
  • Problème de pesticide : Les analyses ont révélé une « teneur très élevée en résidus d’un produit phytopharmaceutique (Chlorpyrifos) » dans cette bouteille.

C’est là que réside la demi-vérité qui a alimenté la tempête de novembre 2025 : oui, les autorités belges ont détecté en 2024 une bouteille étiquetée « Oued Souss » contenant un pesticide interdit, mais l’incident était très limité, géré localement au niveau d’un seul magasin, et ne s’est jamais transformé en « interdiction européenne totale ».

3. La contre-version marocaine : « Le produit d’origine inconnue »

Après la résurgence de ce communiqué de 2024 au cœur de la polémique de 2025, ni l’entreprise productrice ni les autorités marocaines ne sont restées inactives.

3.1 Communiqué de la société « Les Huileries du Souss »

La société « Les Huileries du Souss », propriétaire de la marque « Oued Souss », a publié un communiqué ferme :

  • Démentant « catégoriquement » que la bouteille incriminée en Belgique provienne de sa production officielle.
  • Considérant que ce qui est diffusé relève d’une « campagne de diffamation orchestrée » visant sa réputation et celle d’un produit national phare.
  • Basant sa défense sur le point même soulevé par le communiqué belge : l’absence de numéro de lot et de date de péremption, considérant cela comme la preuve que la bouteille était « d’origine inconnue » ou « contrefaite », et non issue de sa chaîne de production contrôlée qui porte toujours des données de traçabilité complètes.

Du point de vue de l’entreprise, la conclusion est simple :

La bouteille analysée en Belgique n’est pas l’huile « Oued Souss » authentique, mais un produit contrefait exploitant le nom de la marque.

3.2 L’ONSSA soutient la version défensive

L’Office National de Sécurité Sanitaire
(ONSSA)
de son côté :

  • A nié « catégoriquement » le retour de lots officiels d’huile d’olive marocaine d’Europe en 2025.
  • Concernant l’incident de 2024, il s’est concentré, dans les communiqués rapportés, sur le fait qu’il s’agissait d’un « problème d’étiquetage » (absence de données obligatoires), empêchant la traçabilité et la confirmation de l’origine du produit.

Il est à noter que l’entreprise et l’ONSSA se sont tous deux focalisés sur le problème de l’étiquetage et de la traçabilité, évitant d’aborder en profondeur « l’accusation de pesticide », présentant ainsi une version selon laquelle il s’agissait d’un produit d’origine inconnue, non lié aux exportations officielles marocaines.

4. Le contexte européen : Pourquoi la crise a-t-elle éclaté en novembre 2025 ?

La question centrale demeure : Pourquoi un incident limité de 2024 a-t-il resurgi avec une telle force en novembre 2025 ?

La réponse se trouve dans le contexte général entourant les produits agricoles marocains sur le marché européen.

Durant l’été et l’automne 2025, le système d’alerte rapide européen pour les denrées alimentaires (
RASFF
) a enregistré des alertes réelles concernant :

  • Les olives vertes marocaines (fruits, pas l’huile) :
    Une alerte « grave » pour présence de résidus de chlorpyrifos-éthyl au-dessus de la limite autorisée dans un lot d’olives vertes destiné à la France.
  • Olives marocaines destinées à l’Espagne :
    Une autre alerte pour présence d’additifs non autorisés (comme des sulfites) dans un produit d’olives en conserve.

Ces alertes ont contribué à créer un climat de suspicion envers certains produits agricoles marocains au sein d’une partie de l’opinion publique européenne, ce qui a été exploité par les propagateurs de la rumeur.

Ce qui s’est passé en novembre 2025 est un amalgame médiatique dangereux entre :

  • Des alertes récentes et réelles sur les olives marocaines (le fruit).
  • Un incident ancien et limité concernant une bouteille d’huile « Oued Souss » en Belgique en 2024.
  • Une version défensive marocaine axée sur « l’étiquetage » et évitant le sujet du pesticide.

De cet amalgame est née une nouvelle version trompeuse : « L’huile Oued Souss est maintenant interdite en Europe à cause d’une intoxication au Chlorpyrifos ».

Alors que la vérité, selon les documents disponibles, est :

  • Un seul incident ancien,
  • Limité à un seul magasin,
  • Qui ne s’est pas transformé en interdiction,
  • Et aucun lot officiel marocain documenté n’a été retourné en 2025 pour cette raison.

5. Huile « Oued Souss » : Une marque historique devient une cible

L’huile « Oued Souss » n’est pas un produit marginal :

  • C’est l’une des marques d’huile les plus connues au Maroc,
  • Présente sur le marché depuis des décennies,
  • Et présentée sur le site officiel du groupe
    Huileries du Souss Belhassan
    comme faisant partie de l’identité du groupe et de ses marques nationales.

Cette forte présence sur le marché local, et auprès de la diaspora marocaine à l’étranger, rend la marque :

  • Une « cible de choix » pour quiconque veut ébranler la confiance des consommateurs dans le produit national,
  • Ou instrumentaliser le dossier des pesticides dans une « guerre commerciale douce » sur les marchés européens et régionaux.

6. Sommes-nous face à une attaque orchestrée ?

Quand on rassemble toutes les données :

  • Incident belge isolé en 2024 (une bouteille / un magasin).
  • Absence de toute décision officielle d’interdiction ou de retour de lots officiels en 2025, selon
    l’ONSSA
    et
    Interprolive.
  • Alertes
    RASFF
    concernant d’autres produits (olives), exploitées pour généraliser un « danger Chlorpyrifos marocain ».
  • Ciblage d’une marque connue et appréciée, avec répétition des mêmes messages et images sur différentes plateformes.

Tout cela rend le scénario plus proche de :

Une attaque de diffamation orchestrée, basée sur des informations partiellement vraies, mais rapportées de manière incomplète et partiale, pour détruire la confiance dans un produit national.

7. Pour la défense de l’huile « Oued Souss » et du produit national

Défendre l’huile « Oued Souss » ne signifie pas nier les risques liés aux pesticides ou blanchir tout ce qui est national, mais plutôt :

  • Reconnaître l’incident tel qu’il est : une bouteille étiquetée « Oued Souss » en Belgique, à l’origine douteuse, contenant un pesticide interdit, qui a été immédiatement retirée.
  • Souligner que cet incident isolé ne justifie pas le discours de « l’interdiction européenne » ou de « l’huile empoisonnée ».
  • Rappeler l’histoire de la marque, sa longue présence dans les foyers, restaurants et marchés, sans antécédent d’interdiction officielle en Europe.
  • Mettre en avant que le Maroc, via
    l’ONSSA,
    renforce réellement le contrôle du secteur, retire des agréments, suspend des unités non conformes et détruit des tonnes d’huile de mauvaise qualité, au lieu de protéger la fraude.

En ce sens, défendre l’huile « Oued Souss », c’est au fond :

  • Défendre le droit du consommateur à un produit sûr,
  • Et défendre le droit de l’agriculteur, de l’ouvrier et de l’industriel marocain à ne pas voir leur réputation anéantie à cause d’une « capture d’écran » ancienne et d’une campagne Facebook orchestrée.

En conclusion

Ce que vit l’huile « Oued Souss » aujourd’hui exprime quelque chose de plus grand qu’une bataille autour d’une bouteille d’huile ; c’est un conflit entre deux narratifs :

  • Un premier narratif qui dit : « L’huile marocaine est empoisonnée et rejetée par l’Europe ».
  • Et un second narratif, soutenu par des documents officiels, qui dit : « Il y a une campagne de diffamation qui exploite un incident isolé et des alertes disparates pour généraliser le doute sur tout un produit national ».

Chez minm.ma, nous penchons clairement pour le second narratif, non par chauvinisme aveugle, mais sur la base des données officielles disponibles et de l’analyse du contexte.

Le jugement final revient au lecteur, à une seule condition :

Que l’histoire complète lui soit présentée, et non la moitié de la vérité qui sert le sensationnalisme au détriment de la réalité.

Arabe Anglais

minm

minm La plateforme MinM est votre fenêtre sur le "Made in Morocco". Nous croyons que ce label est bien plus qu'un slogan ; c'est l'expression du savoir-faire marocain où les traditions ancestrales rencontrent l'industrie moderne. Notre mission est de mettre en lumière vos réussites et de valoriser la qualité de vos produits. Êtes-vous un acteur de l'industrie marocaine ? Nous vous invitons à partager l'histoire de votre entreprise et vos produits innovants avec nous. Faites de notre plateforme votre voix. Pour nous contacter et présenter vos produits : contact@minm.ma

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page